Amanda Righetti, des planches du théâtre de Caen aux plages de Ouistreham

Souriante mais affamée – l’un n’empêche pas l’autre – Amanda Righetti déguste des sushis dans la loge 206 du théâtre de Caen. Née en Espagne et arrivée en France il y a plus de dix ans, la circassienne fait partie de l’ultime création du Cirque Plume, « La dernière saison », donnée en février à Caen. A l’occasion de ce séjour, elle a découvert le sort des réfugiés à Ouistreham, et raconte tout cela avec un français presque sans accent. Portrait.

 

« J’étais à la fac à Barcelone, j’avais mal au dos, un médecin m’a préconisé le sport. J’ai choisi le cirque simplement parce qu’il y avait une école d’amateurs pas loin et je me suis passionnée ». Venue sur la piste « par hasard total », Amanda Righetti enchaîne aujourd’hui les prestations avec le Cirque Plume à Caen et dans toute la France, pour le tout dernier spectacle de la compagnie intitulé « La dernière saison ». Spécialiste du mât chinois, agrès composé d’un poteau en métal fixé verticalement, elle est maintenant circassienne professionnelle depuis 5 ans, « un très beau métier » dont elle apprécie chacune des composantes : « déjà me dépenser physiquement : j’ai besoin de bouger et je pense que je serais très malheureuse devant un bureau ». A la voir, on n’a pas de mal à la croire. Elle aime aussi « le partage avec des gens, apprendre à vivre ensemble, voyager, créer, penser, rire, chercher ».

« Le cirque est vraiment une acceptation de la différence »

Mais aussi épanouissant soit le cirque, la lassitude peut guetter, comme dans tout métier. Elle confirme, sans hésiter : « complètement. Parfois je n’ai pas du tout envie, mais je sais que le public vient une seule fois, que c’est mon métier, du coup je donne tout. »  Rien d’irréversible : « on se lasse, oui, mais on essaie de réinventer, par exemple ça fait maintenant cent fois qu’on joue le spectacle, je sais que là il va falloir que je change quelques trucs pour pas m’ennuyer. »

« Créer, chercher », là se trouve justement l’essence de la profession, la source de la passion. « L’énergie que je mets dans mes figures va beaucoup varier d’un spectacle à l’autre, des fois je vais être très triste ou très heureuse, et je vais essayer de le transmettre. » Une transmission qui se réalise avec toute une troupe, une « famille ». « C’est comme une vie de tout collectif, communauté, famille ; il y a des jours où on se marre et d’autres pas du tout. Il y a une grande confiance entre les artistes, on se permet de dire des trucs durs parfois, mais on est très proches. » Le Cirque Plume est composé d’artistes permanents, d’autres interviennent seulement sur une création.  La constitution de cette famille est donc très éclectique, et ne relève pas toujours de l’évidence. Mais c’est également ce qui fait la force et la beauté d’une telle expérience de vie. « Le cirque est un apprentissage pour vivre ensemble, on apprend à vivre en communauté, à accepter ses différences. Le cirque est vraiment une acceptation de la différence. »

« Des enfants qui avaient faim »

Une communauté, Amanda, a pu en rencontrer une autre au cours de son séjour à Caen.  Une communauté dont la différence n’est pas toujours acceptée ni comprise par tous. « Ce qui m’a choqué profondément, ce sont les réfugiés qui dorment dans la rue à Ouistreham. » Le terme « réfugiés » n’est pas choisi au hasard. A l’évocation de celui, plus courant, de « migrants », elle s’offusque sans plus tarder : « non, réfugiés ! Ce sont vraiment des gens qui essaient de se réfugier d’une guerre. » Une rencontre qu’elle relate manifestement préoccupée, les yeux perlés d’inquiétude. « On allait au restaurant en vélo et on est tombés sur une forêt de jeunes réfugiés soudanais. Ce sont des enfants à la rue sans aucun espace pour eux, du coup ça fait une semaine qu’on va leur donner à manger. » Mais l’aide à leur apporter serait bien plus évidente et mieux organisée si elle provenait des instances officielles. « C’est hyper choquant que le gouvernement laisse faire ça, je suis très choquée de cette inhumanité de la part des pouvoirs publics. J’avais lu beaucoup d’articles, mais je n’étais jamais tombée, en allant au restaurant, sur des enfants qui avaient faim. » Le contraste est saisissant. « Je ne comprends pas comment la France, pays des droits de l’homme, peut laisser faire ça. C’est inhumain. »

Pour la suite, Amanda aspire à « d’autres aventures. J’espère que je trouverai un truc un peu plus petit. Ça aura ses inconvénients, ce sera moins luxe, mais ce seront d’autres aventures. » Et sans doute d’autres rencontres, d’autres différences à partager.

Gaspard Layet-Lecuyer

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