Bertrand Laval, médecin urgentiste

“Je n’ai pas la notion d’avoir sauvé beaucoup de gens dans ma vie”. Ce sont les mots de Bertrand Laval, médecin urgentiste qui exerce au SAMU d’Évreux, dans l’Eure, depuis 2001. Il raconte ses expériences marquantes et son quotidien porté par son envie d’aider.

Originaire de la région parisienne, cela fait maintenant dix-sept ans que Bertrand Laval exerce son métier de médecin urgentiste au Service d’aide médicale urgente (SAMU) de l’Eure, basé à Évreux. Au quotidien, le médecin fait de la régulation médicale mais il intervient également au sein du SMUR (Service mobile d’urgence et de réanimation) et il est aussi responsable pédagogique du centre des enseignements du soin d’urgence (CESU) toujours à Évreux.

Je souhaitais sauver tout le monde et être capable d’expliquer aux blessés ce qu’ils ont mais surtout avoir l’occasion de soigner des gens dans la rue”. Encouragé par une envie de se démarquer de ses frères aînés, dont l’un est professeur de mathématiques comme leurs deux parents, l’autre ingénieur, Bertrand Laval choisit la médecine. Ce choix est peut-être aussi un désir inconscient de finaliser le projet entamé par sa mère en étudiant la médecine. Cette vocation « n’est même pas de la générosité, c’est comme ça que j’existe », donner aux autres est primordial pour Bertrand Laval.

Je suis comme un tonneau rempli d’images que j’ai pu voir, de la souffrance, des pleurs, et aujourd’hui il est plus facile de craquer émotionnellement “ c’est ce que répond le médecin, en souriant, lorsqu’on l’interroge sur ses sentiments pendant une intervention. L’expérience et l’habitude ne le rendent pas insensible, bien au contraire.

L’un des risques du métier est le transfert sur sa propre vie, comparer la situation d’une victime à sa propre vie. “Le fait de ne pas prendre de nouvelles permet de ne pas s’attacher”, le médecin le fait seulement dans le cas d’une absence de diagnostic ou d’une intervention particulièrement marquante comme il en a beaucoup vécue. Prendre des nouvelles de leurs patients est un droit mais ne constitue pas une habitude

Le rythme de travail du médecin est organisé en gardes de 24 heures, deux fois par semaines. À cela s’ajoute son travail de formateur au CESU et son activité de médecin pompier depuis 3 ans au GRIMP (Groupe de reconnaissance et d’intervention en milieux périlleux). “J’apprécie l’ambiance masculine et stricte qui règne chez les pompiers et l’absence de réflexion et de décision lors des exercices”, car il est guidé par les plus expérimentés, autant de choses qui sont contraires à son quotidien.

Bertrand Laval essaye de rendre son travail toujours plus humain, afin d’atténuer l’aspect expéditif de son métier. “C’est important de prendre en compte l’esprit des patients et de leur famille”. Il s’agit par exemple d’avoir des attentions bienveillantes envers l’entourage de la victime, de prendre le temps d’expliquer le diagnostic. Ou encore de débriefer avec les infirmiers et ambulanciers avec qui il intervient.

Souhaite-t-il exercer son métier encore longtemps ? “J’aurais du mal à trouver un métier aussi peu imprévisible et qui me permet de concilier rythme de travail et vie de famille qui m’est si chère”.

Emma Percheron

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *