Coup de projecteur sur Cécile Barbera, contrôleuse de train

Café du théâtre, Cherbourg, 12:59. Embarquement, au beau milieu d’un café, dans le train de vie de Cécile Barbera, 32 ans, commerciale à bord d’un train. C’est ainsi que l’on nomme officiellement une contrôleuse. Originaire de Falaise, elle travaille aujourd’hui sur la ligne Cherbourg-Paris.

Elle porte deux boucles d’oreilles différentes, preuve de son côté décalé. Mais son côté décalé, Cécile le montre surtout à travers son uniforme de contrôleuse « Je suis la seule femme qui porte la cravate et les bretelles. C’est un peu, pour me démarquer» dit-elle en riant.

Cécile Barbera est venue s’installer à Cherbourg, par amour, il y a maintenant 13 ans, et pourtant, c’est de Cherbourg dont elle est tombée amoureuse. « J’adore Cherbourg, je trouve que ça bouge de plus en plus, il se passe toujours quelque chose. Tous les jours je me dis, mais quelle chance d’être là.»

Après avoir travaillé en maison de retraite et animé des colos pendant des années, Cécile a trouvé sa voie: contrôleuse de train. Enfin, «commerciale à bord d’un train» sont les termes exacts.
« J’avoue qu’au début, je pensais que contrôleuse, c’était seulement le contrôle des billets », il n’en est rien, « il y a toute une partie sécurité ; faire des rondes avant chaque départ, s’assurer que les portes sont bien fermées, que les passagers sont bien installés.»

Dans le train, comme à la maison, rien n’est fait à moitié. « Je prends les choses assez à cœur, c’est mon train, ce sont mes voyageurs, je m’en occupe avec sincérité.» Ses valeurs, elle les tient de ses parents mais aussi des cheminots ; sa deuxième famille. Cinq ans après son entrée à la SNCF, Cécile se souvient. « Quand je suis rentrée à la SNCF, les anciens m’ont fait rêver le chemin de fer, avec leurs histoires…c’est à hurler de rire. C’est plein d’humanité, plein de valeurs, c’est vivant. »

Chaque jour, Cécile est au cœur de cette humanité, et elle adore ça.
« Ce que j’adore c’est, regarder les gens se retrouver sur le quai, quand je vois un couple qui s’embrasse. »
Elle aime se sentir utile, savoir qu’elle a un rôle à jouer. « Le but, c’est que nos voyageurs roulent en sécurité et qu’on essaye au moins d’arriver à l’heure, qu’on leur fasse un vrai service public. » Un service public où l’on trouve encore peu de femmes. « Six femmes sur 24 contrôleurs sur la ligne Cherbourg-Paris » Parfois, le sexisme prend place. « Il y a des hommes qui ne veulent pas se faire contrôler par des femmes, c’est rare, mais ça arrive. » Cécile, respectueuse, garde un côté très ironique, le fameux « vous avez raison » qui met mal à l’aise. Tout n’est pas tout rose.

Cécile a du faire face, à de nombreuses reprises, à des agressions.
« Faut pas se leurrer, il y en a partout, et aussi dans les trains. Une fois, il y a un voyageur qui se prenait pour Dieu, il avait un chien Rottweiler et ne voulait pas lui mettre de muselière. Et moi, j’ai peur des chiens depuis que j’ai été mordue au mollet, il y a quelques mois dans un train.  L’homme sautait partout. Il a attrapé un voyageur par l’oreille et s’est mis à le griffer.
Les gens commençaient à avoir peur » Cécile doit faire bonne figure et ne pas montrer qu’elle est effrayée, elle est la sécurité du train.
«  Arrêt d’urgence à Carentan. Les flics sont arrivés, ils l’ont descendu et on a pu repartir »

C’est un métier difficile mais aussi, un métier menacé.
Le gouvernement Macron souhaite, à l’avenir, supprimer le poste de contrôleur. Le train, n’aura alors à son bord, que le conducteur. Plus personne pour sécuriser, conseiller et informer les passagers. «Mais comment veux-tu que les gens restent calmes s’ils n’ont pas d’info ? Les politiques veulent gagner de l’argent, jusqu’au jour où il y aura un drame et on va se dire…ah…peut-être que…Tu vois, c’est toujours comme ça. »

Mais pour l’instant, si Cécile est dans le train, tout est sous contrôle.

Marie Pinabel

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