« Je suis né à 18 ans »

À l’âge de 18 ans, Pierre, habitant de Saussey dans la Manche, a perdu la mémoire, après une chute de judo. Aujourd’hui à 23 ans il s’est reconstruit et accepte de vivre avec ce vide. Il parle ouvertement de son histoire et de « l’après ».

Les mains dans les poches, un peu timide, mais l’air serein, Pierre aborde son histoire placidement. C’est le matin du 27 janvier 2013 qu’il fait un malaise en cours, dû vraisemblablement à une chute de judo brutale quelques jours plus tôt. Il sera placé au centre hospitalier d’Avranches-Granville. Plus tard, il se réveille à l’hôpital et selon ses propres mots « oublie qui il est. » Les tests de logique étaient parfaits, il savait écrire, compter, conduire…en revanche, les personnes, les visages, le trajet pour aller chez lui, il ne se souvenait de rien. « Mes parents sont venus et voulaient me dire bonjour, je les ai repoussés, je ne savais pas qui ils étaient à ce moment-là. »

Une perte de repère qui est le début d’une sale période.
Durant son BTS diététique l’étudiant sombre dans l’alcool et la drogue. « C’est une suite logique, tu déprimes, tu bois, tu fais des conneries … » Pen- dant environ six mois, il ne parle quasiment plus à ses parents, côtoient des personnes douteuses et se renferment sur lui-même. L’étudiant a perdu très vite confiance en lui « j’étais fainéant je ne faisais rien, j’avais des résultats de merde ». 

« j’avais l’impression de ne pas être important, de ne pas avoir de personnalité »

Les premières années après la chute, Pierre n’avait qu’une obsession : retrouver la mémoire. « On m’avait donné des photos, je les regardais tous les soirs, en espérant me souvenir de tout ça.. » Savoir qui il était, retracer son enfance, et pouvoir enfin reconnaitre son entourage était devenu sa priorité. « J’avais l’impression de ne pas être important, de ne pas avoir de personnalité ». L’hypnose et quelques flashbacks durant ces cinq dernières années ne lui ont pas permis de retrouver complètement la mémoire.

«Certaines personnes avaient un regard bizarre envers moi, certainement parce que je ne les reconnaissais pas, et qu’elles faisaient partie de ma vie. »

Question pertinente puis qui devient très vite inutile. Comment s’est passée son enfance ? Il me regarde en riant ; « je ne peux pas te dire, demande à mes proches ». Pierre a dû apprendre son enfance en écoutant ses proches et en regardant des photos de lui petit. C’est principalement avec son frère qu’il a redécouvert sa vie d’avant. Avec son frère et sa soeur le feeling était immédiat. Corentin son petit frère de 17 ans, a dès les premiers jours faits en sorte de retrouver son grand frère. « ça été très dur pour lui, (…) Il savait mes codes de téléphone, de Facebook.. grâce à lui, j’ai pu regarder les photos que j’avais pris, voir avec qui je communiquais.. » Grâce à lui, Pierre a pu se retrouver à travers son frère.

« J’ai kiffé, j’ai rencontré des gens, je me suis ouvert »

Il continue malgré tout son BTS au lycée Marland jusqu’à ce voyage à Marrakech organisé par son lycée en janvier 2014. « C’est à ce moment-là que je me suis réintégré avec les autres, ça m’a permis d’aller mieux. J’ai kiffé, j’ai rencontré des gens, je me suis ouvert ». Il reconnaît ne plus être aussi inquiet de retrouver sa mémoire qu’auparavant et a décidé de vivre avec. « Si je retrouve la mémoire et que je me rends compte que j’étais totalement différent, bah.. ça m’embêterait »

Malgré son échec, Pierre travaille depuis maintenant trois ans en tant que surveillant dans le même lycée à Granville. Le jeune homme a continué le foot. Pour lui c’est un réel épanouissement, c’est en cette activité qu’il peut respirer. Ambitieux, il projette de reprendre une formation dans le milieu sportif. Pierre a toute la vie devant lui, puisqu’il confie « Je suis né à 18 ans ».

Ségolène Mochon 

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