Manager mais pas chef : pour Corentin Poirret, à la Bibliothèque Sans Frontière, c’est l’humain avant tout

Il voulait devenir professeur d’histoire. Depuis 2015 Corentin Poirret travaille pour la BSF (Bibliothèque Sans Frontière) d’Épône (78) en tant que chargé de mission. L’association Bibliothèque sans Frontière œuvre pour l’accès de tous à la culture dans le monde à travers les livres.  Il y retrouve un peu de son rêve lorsqu’il tombe sur des pépites. Un petit rappel de ses cours d’histoire.

C’était en 2015, à la naissance de sa fille. Corentin travaille chez Petit Bateau comme commercial. « Je voulais voir ma fille grandir mais mes horaires ne le permettaient pas. Et je voulais retrouver un sens dans ce que je faisais »Le jeune papa s’est mis à la recherche d’un emploi plus proche et moins prenant. C’est par hasard qu’il tombe sur l’offre d’emploi de la BSF. Il ne connait pas l’association mais le coup de foudre est immédiat. Le but de l’association, les méthodes de travail, pouvoir trouver des pépites parmi les livres… Tout lui a plu. Aujourd’hui, il gère une équipe de 6 salariés ainsi que 73 bénévoles et fait des horaires classiques de 9h à 17h qui lui permettent de passer du temps en famille. Il arrive qu’il doive se rendre disponible à l’international ou le week-end pour assurer une partie logistique. Mais Corentin l’assure « c’est un des charmes de ce métier », il ne connait pas la monotonie « et ce n’est pas plus mal ». 

 « Le terme relation humaine a pris un sens depuis que je travaille à la BSF »

Retenu pour son profil managérial, Corentin a dû s’adapter à l’association. Il l’a bien compris : on ne manage pas les salariés et les bénévoles de la même manière. Un salarié passe un contrat de travail, est rémunéré et obéit à une hiérarchie sociale. Au contraire, un bénévole fait le choix de venir travailler. « Mon rôle est de les remercier de leur présence et de les motiver par des conditions de travail agréables. Il faut que les bénévoles soient contents de nous voir »Corentin l’affirme, là où il a le plus appris, c’est à la BSF. « Le terme relation humaine a pris un sens depuis que je travaille à la BSF »C’est ainsi que les bénévoles ressentent du plaisir à venir à la BSF. Et ce plaisir est réciproque : « C’est comme si j’avais 70 grands-mères qui faisait des gâteaux à chaque fois qu’elles viennent. Leur présence est agréable ».

Son rôle est de superviser les bénévoles dans le triage des livres et suivre les projets de la BSF. Première étape : le tri. Il consiste à choisir les livres en bon état qui pourront être envoyés mais aussi à les classer. Deuxième étape : créer un catalogue pour les donations. Ce référencement est fait par un hébergeur et permet au bénéficiaire de choisir les ouvrages intéressants. « Ne pas imposer de livres aux destinataires évite l’impérialisme culturel ». La troisième étape est de suivre le projet de A à Z. « Envoyer une palette de livre en Afrique coûte 2 500€. Nous devons conseiller, donner une méthode aux pays concernés pour qu’ils capitalisent les fonds nécessaires au transport des livres. On doit aussi les responsabiliser dans la construction du projet. Nous avons besoin de documents juridiques et de vérifier l’utilité publique du projet. On a déjà eu des « arnaques ». Certains ont revendu les livres que nous leur avions envoyés. »La braderie est aussi un évènement important pour Corentin. « La braderie est vecteur de fond et vecteur de lien social. ». Elle a lieu une fois par mois. Les livres non-sélectionnés pour la donation sont vendus à prix cassé pour permettre à l’association de s’autofinancer.

Un appui à l’association Imad

La Bibliothèque sans Frontière d’Epône soutient aussi des initiatives en France. Corentin parle d’un « petit projet en termes de quantité » mais c’est celui dont il est le plus fier. En 2016, Latifa Ibn Ziaten, mère du premier soldat tué par Mohamed Mehra et fondatrice de l’association Imad pour la jeunesse et la paixveut ouvrir des maisons de déradicalisation pour accueillir mères et enfants dans le besoin. Elle contacte la BSF pour une démarche commune. Le projet consiste à fournir des livres pour les maisons de déradicalisation. Plusieurs rencontres ont lieux entre l’équipe de Corentin et celle de Latifa Ibn Ziaten. Ils visitent des maisons à Garges-lès-Gonesse (95), font appel à des menuisiers pour des bibliothèques sur mesures et l’idée se concrétise. C’est l’inauguration de la première maison de déradicalisation en même temps que l’apport des livres. Un contrat de partenariat voit le jour pour les prochaines ouvertures de maisons de déradicalisation. On comprend donc que Corentin soit professionnellement « amoureux » de son projet. « Latifa Ibn Ziaten devrait être pleine de peine ou en colère mais c’est la femme la plus douce du monde, j’ai essayé de me mettre à sa place. Elle irradiait la bienveillance et la douceur. ».

Camille DURFORT

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