Mimi : 90 ans de vie au Quarteron

Une autre époque retracée par Marie-Josèphe Gourraud


“… J’ai eu mon premier enfant en 47, puis Thérèse en 50, Bernadette en 51, Jean en 52, Marie-Yvonne en 53, (…), et puis Olivier en 74”. De 1947 à 1974, Madame Gourraud a mis au monde dix-sept enfants. A bientôt 90 ans de vie au Quarteron un quartier du village de Landemont, Marie-Josèphe a côtoyé quatre générations, et a vécu à travers les avancées techniques et morales. Avec simplicité et confiance, elle aborde la vie, qui n’a pas toujours été si commode. Rencontre de celle que tout le monde appelait Mimi.

A l’approche de ses 90 ans, Marie-Josèphe et son mari, Charles, son aîné de quelques mois, vivent tous les deux au Quarteron depuis leur naissance. Avant de changer de logement, la famille ont vécu à quatorze, dans deux chambres et une grande cuisine. « On mettait des rideaux pour séparer les lits, les filles dormaient d’un côté, les garçons de l’autre, et les derniers enfants couchaient dans la chambre des parents. Il arrivait qu’ils soient deux à la tête du lit et deux au pied. Alors de temps en temps ça chahutait, puis ils s’endormaient ».


« Il y avait toujours de quoi s’occuper »

Avec autant de tâches à accomplir, tout le monde mettait sa main à la patte. « Le père emmenait souvent les enfants avec lui, dans les champs, à s’occuper des bêtes, chercher du bois… Ils emmenaient leur casse-croûte avec eux et c’était parti ». Il y avait de quoi faire pour les 17 enfants. Quand ce n’était pas à la ferme il y avait toujours de quoi s’occuper à la maison… Pour faire la lessive, il fallait pomper l’eau, qui, en passant par un tuyau, remplissait un grand bassin. « Je me souviens encore de les regarder par la fenêtre. Ils étaient au moins deux ou trois. Avec un réveil ils se chronométraient pour se passer le tour de pompe », raconte-elle, le sourire aux lèvres. L’arrivée de l’eau au robinet fût malgré tout un soulagement. Nullement sédentaire, les dimanches se montraient tout autant chargés, entre la messe, la chasse, la pêche, les cueillettes…Toujours en famille. « C’était comme ça, tout le monde s’occupait, et puis les dimanches passaient et les semaines passaient… ».


Pas le temps pour des vacances

« J’étais bonne à tout faire, je m’occupais de toutes sortes de travaux ». Avant de devenir une mode, le ‘faire soi-même’ était à cette époque un mode de vie. « Ce que l’on produisait, on savait qu’on pouvait vivre avec. Avec le lait de nos vaches on fabriquait du beurre et de la crème. Avec nos cochons on cuisinait notre lard et notre jambon. On avait aussi des poules, des canards, des lapins… ça fumait dans les cheminées autre fois! » clame-t-elle avec humour, « c’est surement la fumée qui nous a conservé ». N’ayant pas assez à faire, Marie-Josèphe jouait aussi l’infirmière à temps partiels. Des habitants du village avaient besoin de piqûres, alors le Dr Hérissé à l’époque l’appelait. “Mimi, tu peux aller faire des piqûres à…”. Dévouée, Mimi n’hésitait pas à effectuer ce service. « Un jour j’ai même assisté à l’accouchement de ma voisine, c’était une naissance prématurée. La sage-femme ayant besoin d’aide est venue me chercher. Et pour moi ce n’était pas un problème… » Se confie Marie-Josèphe en riant.
Et les vacances dans tout ça ? « Qui te parles de vacances à cette époque-là? Nos vacances c’était de se réunir entre voisins. On faisait des veillées, le soir on passait du temps à discuter et à jouer aux cartes. Il y avait une heure de rendez-vous en début de soirée, mais pour partir, il n’y en avait jamais un pour dire qu’il était l’heure de rentrer. C’était comme ça, et on en est pas mort ».


« Mais quelle rigolade en ce temps-là »

La période des moissons représentait la tâche la plus conséquente de l’année. « Il nous fallait beaucoup de personnes, environ 30. Donc les voisins venaient aider. Après la journée de travail, il fallait faire à manger pour tout le monde ». C’était une sacré mission de nourrir toutes ces bouches, entre ces hommes affamés et leurs famille. Sans parler de la vaisselle à nettoyer… Sans lave-vaisselles. « Mais quelle rigolade en ce temps-là ! Les hommes étaient content le blé était rentré ». La journée de batterie, malgré le dur labeur, était signe de fête. « C’était la fête des battages », aujourd’hui communément appelée la fête des moissons. « Quand une ferme était finie, on passait à une autre. Ceux qui étaient venus nous aider, on allait les aider en retour ». Puis la moissonneuse batteuse est arrivée dans les années 60. « Quelques heures dans les champs et la moisson était finie. Nous les femmes on ne s’en apercevait même plus, on ne se réunissait plus comme avant. Mais c’était comme ça ».


Mimi n’a pas dit son dernier mot

Optimiste et sociable, Mimi continue de vivre au jour le jour, toujours entourée de son monde. « Si je n’avais pas autant de monde autour de moi je ne sais pas ce que je ferais ». Convaincue d’être encore là pour une bonne raison, elle conserve son plaisir de vivre. Une vie de bientôt 90 ans, qu’elle compte bien célébrer ce mois de Juin.

Philippine Rothureau

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