Olivier Demoinet : un médecin engagé

Olivier Demoinet, médecin de ville à Juziers (Yvelines) mais aussi médecin du monde, a fait de son métier, sa raison de vivre. A la retraite depuis 2015, il continue aujourd’hui ses missions avec Médecins sans frontières (MSF).

Des yeux d’un bleu intense, un sourire avenant, c’est avec beaucoup de chaleur qu’Olivier Demoinet reçoit chez lui. Il s’apprête à partir pour sa sixième mission. « Réfléchir au sens de ma vie, au confort particulièrement douillet dont je jouissais, alors que tant d’autres autour de nous meurent dans des situations de dénuement extrême, de violence et de souffrance. C’est à ce moment que j’ai commencé à penser à l’humanitaire » se souvient-il.

Né en 1953, dans une fratrie de trois garçons, il perd son père à l’âge de 12 ans, d’un cancer. «  Nul en maths », il songe à des études littéraires, il suivra finalement une toute autre voie : « je me suis aperçu que je voulais plutôt me diriger vers la médecine, probablement pour apporter aux malades les soins dont avait bénéficié mon père. Dans mes études, j’ai choisi de toujours bosser comme un fou. »  Il ouvre avec sa femme en 1981 son cabinet de médecine générale dans la petite ville de Juziers où il exercera  jusqu’à sa retraite en octobre 2015.

Son engagement dans l’humanitaire.

Tout a commencé en Juillet 1994. l’organisation Médecins du monde chez qui il avait candidaté une première fois, l’appelle. Olivier effectue sa première mission, au Rwanda, après le début du génocide, là où l’épidémie de choléra fait plusieurs centaines de milliers de morts en quelques jours. Il part à Goma, en République Démocratique du Congo (ex Zaire) où 200.000 réfugiés vivent sur un champ de lave, entassés les uns sur les autres. Il travaille dans des conditions, qu’il décrit comme « un peu difficiles » : à quatre pattes, accroupi entre deux lits, sous 40°, dans les mouches, les vomissures. « Médecins du monde a réuni  en janvier tous les participants à cette mission. La  première chose que les responsables nous ont dit est qu’elle était la pire qu’ils aient jamais effectuée. »

Janvier 1995. Il s’occupe, deux fois par semaine, des SDF dans les nuits parisiennes. « On y a fait des rencontres extraordinaires, des gens remarquablesJ’ai réussi à en sortir un de la rue, après un long travail d’approche, en réussissant à renouer le contact avec sa famille. J’ai été là au bon moment. »

« Il y a des jours où j’ai eu peur, où je me suis dit que j’étais complètement fou d’être venu ici… »

Il retourne au Rwanda en 1997, où il remonte toute une zone de santé en pleine zone de guerre: deux hôpitaux et vingt dispensaires. « Il y a des jours où j’ai eu peur, où je me suis dit que j’étais complètement fou d’être venu ici, que je n’avais pas la capacité de vivre ça ». Puis en 1998, il se rend au Kosovo là où la population kosovare est victime  de l’épuration ethnique par les Serbes.

Pendant ses missions, qui peuvent durer entre 2 et 6 mois,  c’est sa femme qui s’occupe de leur cabinet. « Si la mission a une fin, la misère elle n’en n’a pas, la souffrance continue, la détresse écrase toujours autant ses victimes, alors que nous nous vivons dans un confort particulièrement injuste. »

Avec une générosité manifeste, Olivier Demoinet  évoque son engagement :  « mon rôle de médecin ne se limite pas à un geste médical. Il est fondamental d’y inclure le facteur humain, ce qui va transformer un geste technique, froid, en une preuve d’amour envers celui vers qui on se tourne. Je cherche à déclencher un sourire, apporter un réconfort, faire savoir à mon interlocuteur qu’il est quelqu’un d’important pour moi.»

Les risques ? « Ils ont une durée limitée. Ce n’est pas le cas  pour ceux qui vivent en permanence dans ces situations. Et dans le pire des cas j’y laisse ma vie. Mais j’espère que notre vie sur terre n’est qu’une étape. La mienne n’a plus de valeur, je dirais même au contraire avec tout ce dont j’ai pu profiter. »

Une mission d’un autre genre.

En dehors de ses missions, Olivier  a besoin « de recharger ses batteries, de se faire plaisir pour ne plus trop penser à ses états d’âme, sa révolte, les plaies qui ne se refermeront jamais. » Cette année, il a d’ailleurs, publié dans un livre* tous les écrits de son grand père, pilote durant la première guerre mondiale. Les actions de son aïeul méritaient d’être partagées et il voulait transmettre cette mémoire. La grandeur d’âme serait donc une histoire de famille.

Camille Faller  IC1

*Des gros frères à la libellule, 1914-1919, journal de marche de Pierre Hadengue, Olivier Demoinet.

 

 

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2 commentaires Ajoutez les votres
  1. Bonjour,
    Comme il est gentil ce monsieur Demoinet. Il voudrait accueillir toute la misère du monde. Nous manquons à nos règles humanitaires car nous ne recevons pas assez de réfugiés, migrants, fuyards. Appelez les comme vous voulez. Qu’est-ce qu’on en fait après, une fois chez nous ? Comme la France a du mal à loger tous ses SDF et à nourrir les sans ressources, pensez-vous qu’ils seront mieux chez nous et que l’on doive les faire “passer” avant nos propres “nécessiteux”. Prenez-en chez vous, déjà! Tout cela coûte cher. Vous prenez la France pour un pays riche avec une dette de 2000 Md. Vous voulez que l’on prenne davantage à ceux qui ont de l’argent. FACILE. Vous n’aurez pas le mien. J’ai encore des bouches à nourrir dans ma famille.

    1. Pour avoir une vision plus complète du sujet et peut-être un éclairage différent..
      On vous conseille d’écouter Catherine Wihtol de Venden, Directrice de recherche au CNRS, spécialiste des migrations Elle explique, entre autres, que la migration est structurelle :
      https://www.youtube.com/watch?v=m5EB7Sh_8wY&feature=share

      Festisol Ouistreham, Catherine Wihtol de Venden répond aux questions du public, après sa conférence sur ” Migrations internationales, enjeux mondiaux du XXIe s”

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