Véronique Bonnant : « J’ai découvert la maladie psychique ; un univers passionnant »

Véronique Bonnant est cadre de santé en réhabilitation psychosociale : elle organise des activités paramédicales au sein d’une unité de soins, à l’hôpital Psychiatrique d’Evreux. Lorsqu’elle n’est pas au travail, elle se ressource à travers la peinture ou la lecture, et lors des beaux jours, elle se promène, vitres ouvertes, dans sa « vieille » coccinelle verte.

À coté du grand bâtiment qu’est l’hôpital psychiatrique, parfois impressionnant, se trouve l’unité de réhabilitation psychosociale, cadrée par Véronique. « Normalement, l’unité n’est pas ici. Elle est censée être dans la « Cité » » (au sens grec de communauté) : c’est mieux pour ses patients, la plupart n’étant pas hospitalisés. Ses patients souffrent d’une pathologie chronique, ont généralement entre 15 et 40 ans. Son unité cherche à agir le plus précocement sur les pathologies, à travers des programmes de remédiation cognitive et d’éducation thérapeutique. Ici, le patient a tout un parcours : bilan médical, neuropsychologique, infirmier, social… Ensuite, l’équipe de Véronique restitue au patient une synthèse pluri-disciplinaire, avec tout ce que l’unité propose en matière d’ateliers : de la mémoire à la gestion et la reconnaissance des émotions, de la cuisine à l’écriture, du théâtre au graph… L’important c’est le projet du patient : « On est au même niveau que lui, surtout pas au-dessus. Il est acteur de son soin. ». Véronique se charge de coordonner toute cette offre de soin, en donnant les moyens logistiques, humains, et en dynamisant les équipes.

« Ce qui n’était pas du tout une vocation au départ l’est devenu ». Après son baccalauréat, Véronique ne savait pas vraiment vers quoi s’orienter, elle cherche du travail et trouve une annonce : « recherche animation pour patients auprès d’une infirmière en hôpital psychiatrique ». Elle postule et est recrutée. Tout commence alors : « J’ai découvert la maladie psychique ; un univers passionnant ». Elle passe le concours d’infirmière ; en psychiatrie pendant 26 ans, elle évoque un parcours infirmier très riche, à travers lequel elle a mené de nombreux projets : « Je suis arrivée dans le secteur au moment où la psychiatrie s’est ouverte à l’extérieur ». Au fil du temps, elle souhaite donner plus de sens à son travail : fédérer une équipe, coordonner les soins, ce qui la passionne. Faisant fonction de cadre de santé en 2011, elle passe ensuite le concours, et l’obtient. Depuis 2013, elle encadre une équipe motivée, qu’elle apprécie énormément. « Pour moi, le boulot de cadre de santé, c’est donner du sens et un fil rouge à l’équipe ».

« Tu as du courage de travailler en psychiatrie » lui dit-on. Véronique ne pense pas être particulièrement courageuse. L’année où elle a fait fonction s’est déroulée dans une unité particulièrement violente, ce sujet ne l’a pas effrayée mais passionnée, son mémoire de fin d’étude : La violence en psychiatrie (comment l’anticiper). Quelques moments difficiles, mais elle n’a jamais eu peur : « Il ne faut pas oublier pourquoi on est là. Et que la population qu’on a souffre ». Lorsqu’elle passe le porche de l’hôpital, elle laisse derrière elle son travail, et retrouve une vie personnelle qui lui permet de conserver un équilibre. Elle peint, a fait quelques expositions, mais, en éternelle solitaire, son plaisir est : « aller me balader dans la cambrousse avec ma vieille coccinelle »

« Ma satisfaction ? Quand notre patient sort enfin du système psychiatrique »

Véronique raconte, les yeux pétillants, l’une de ses plus belles expériences : un patient « punk », avec qui il était compliqué d’entrer en relation. Diagnostiqué borderline, il était grossier et désagréable avec les soignants. Petit à petit, Véronique a réussi à gagner sa confiance, et à œuvrer parfaitement en terme de réhabilitation psychosociale :visiter et lui trouver un appartement, un travail, choisir des meubles, les monter… « Ma satisfaction ? Quand notre patient sort enfin du système psychiatrique ». Ce patient qui ne voulait pas être aidé au départ s’en est sorti, est aujourd’hui marié. « On a réussi à le porter vers le haut, et c’est un cas parmi tant d’autres… ».

Annaëlle Raffray

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